Ce que je vois à 1-54 : quand l’Afrique et sa diaspora cessent d’être l’exception

Ce week-end à Marrakech, à la foire 1-54, j’ai vu quelque chose de rare.
Et justement, c’est peut-être là que le bât blesse : pourquoi est-ce encore rare ?

1-54 n’est pas qu’une foire d’art contemporain africain. C’est une affirmation. Une affirmation claire, posée, sans justification excessive : l’art contemporain africain — porté par des artistes du continent et de la diaspora — mérite des lieux d’excellence, des publics exigeants, une économie structurée, et une narration débarrassée de tout exotisme compassé.

Le choix de La Mamounia n’est pas anodin. C’est un écrin. Un lieu qui dit, sans discours : cet art a de la valeur.
Pas une valeur symbolique. Une valeur esthétique, marchande, culturelle. Une valeur mondiale.

Et cela change tout.

Ce que j’ai vu, ce sont des trajectoires qui se croisent

J’y ai vu des artistes, des curateurs, des collectionneurs, des diasporas africaines venues de partout.
J’y ai surtout retrouvé des visages connus. Des personnes croisées à Casablanca, ailleurs, parfois perdues de vue, parfois fondatrices de trajectoires que Diasporaktiv a documentées dès ses débuts — comme Salvador Tomnyuy, premier membre de la diaspora que j’ai interviewé sur la plateforme, Fihr Kettani de la galerie 38/ Studio des Arts Vivants, ou Olivier Kambiré de la Fondation TGCC…

Ces retrouvailles ne sont pas anecdotiques. Elles confirment deux choses essentielles :
👉🏽 il y a du sens à créer des espaces de dialogue entre l’Afrique et sa diaspora.
👉🏽 il y a une communauté en mouvement, discrète mais structurante, qui attend des lieux pour se reconnaître, se projeter, coopérer.

1-54 est l’un de ces lieux.

Ce que je vois aussi : le risque de l’exception

Mais justement.
Pourquoi des plateformes comme 1-54 devraient-elles rester l’exception ?

Pourquoi la valorisation de l’Afrique et de sa diaspora devrait-elle être cantonnée à quelques événements premium, aussi réussis soient-ils ?
Pourquoi ne pas multiplier ces espaces — dans l’art, bien sûr, mais aussi dans l’entrepreneuriat, la finance, le tourisme, les médias, l’innovation ?

Ce que je vois, c’est que le narratif sur l’Afrique ne changera pas uniquement par les discours, mais par des écosystèmes concrets, visibles, durables, économiquement viables.

Sortir d’un récit uniquement misérabiliste de la migration

La migration africaine est encore trop souvent lue à travers un seul prisme : celui de l’urgence, de la détresse, des chiffres et des drames.
Ce regard-là existe. Il est réel. Il doit être traité.

Mais il est incomplet.

Ce que je vois, ici à 1-54, c’est une autre facette de la diaspora africaine :

  • une diaspora créative,
  • une diaspora connectée,
  • une diaspora capable d’être partenaire du développement du continent, comme l’ont été — et le sont encore — les diasporas chinoises, indiennes ou latino-américaines.

Dans l’art, cette évidence est criante : sans plateformes structurées, sans marchés, sans reconnaissance, les talents s’exilent.
Avec des plateformes comme 1-54, ils peuvent vivre dignement de leur art, sans renoncer à leur identité ni à leur ancrage africain.

Ce que je vois, enfin : une vision qui mérite d’être amplifiée

Je tiens à saluer l’engagement de Touria El Glaoui, fondatrice de 1-54.
Son travail n’est pas seulement curatorial. Il est politique au sens noble : créer un espace où l’Afrique et sa diaspora ne sont ni folklorisées ni marginalisées, mais pleinement intégrées au récit global de l’art contemporain.

Ce que je vois à 1-54 me conforte dans une conviction profonde : l’Afrique n’a pas besoin d’être expliquée. Elle a besoin d’être structurée, montrée, monétisée avec dignité.
Et les diasporas que nous sommes ne sont pas un sujet, mais une ressource stratégique.

Et si 1-54 nous montre quelque chose, c’est bien ceci :
quand les plateformes existent, quand les lieux sont justes, quand la vision est claire, l’Afrique et sa diaspora n’ont plus besoin de demander la permission d’exister.

Suivre Bora sur les réseaux sociaux

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *