Afric’Artech: émergence d’une plateforme continentale au service de la création numérique africaine

Parler d’artech, de création numérique et de technologies appliquées à l’art africain peut, à première vue, sembler audacieux. Voire risqué. Dans un contexte mondial où les industries créatives numériques sont dominées par quelques grandes places internationales, l’Afrique ne figure pas encore parmi les têtes de file de cette nouvelle économie culturelle. Et pourtant.

C’est précisément ce pari qu’a choisi de relever Afric’Artech, un événement pensé comme une plateforme continentale dédiée à la création numérique africaine, organisé au Maroc. Le choix du thème, – “L’Afrique au croisement des arts et technologie, augmenté par l’humain” – , comme du lieu, n’a rien d’anodin.

Un pari assumé dans un contexte de retard structurel

La création numérique est aujourd’hui au cœur des mutations artistiques mondiales : intelligence artificielle, réalité immersive, nouveaux formats de diffusion, nouveaux modèles économiques. Autant de champs dans lesquels l’Afrique accuse encore un retard, non par manque de talents, mais par déficit de structures, d’investissements et de plateformes capables de transformer la créativité en valeur économique durable.

Dans ce paysage, Afric’Artech, dont la 1ère édition se tient à Casablanca, s’inscrit comme une tentative volontaire de rupture : créer un espace africain où l’art, la technologie et l’économie cessent d’évoluer en silos.

Pourquoi le Maroc ? Pourquoi Casablanca ?

Des éléments de réponse apparaissent clairement dans le discours d’ouverture d’Othmane Cherif Alami, Président d’honneur de l’événement, également Président du Conseil Régional du Tourisme de Casablanca-Settat.

Celui-ci a rappelé l’urgence stratégique d’investir dans des plateformes africaines de création numérique, non seulement pour protéger les expressions culturelles africaines, mais surtout pour les structurer, les diffuser et les monétiser, pour le bénéfice des créateurs et du continent.

Création numérique, tourisme culturel et villes africaines créatives

Dans son discours d’ouverture, le président d’honneur d’Afric’Artech a rappelé que la création numérique ne peut être dissociée des dynamiques territoriales et touristiques. Pour lui, les villes africaines ont aujourd’hui une carte majeure à jouer dans l’économie culturelle mondiale, à condition de se positionner comme des espaces de création et d’expériences.

Le tourisme d’aujourd’hui, c’est des expériences culturelles, digitales, c’est des villes intelligentes qui racontent leur belle histoire authentique grâce à l’IA, aux véritables sources de contenu africains. Casablanca devient, chaque année, encore plus un grand laboratoire de ce tourisme culturel connecté.

(extrait du discours d’Othmane Cherif Alami, Président d’honneur d’Afric’Artech et Président du Conseil Régional du Tourisme de Casablanca-Settat – 29 Janvier 2026)

Casablanca, pôle continental de la création numérique

Dans cette perspective, Casablanca deviendrait bien plus qu’une capitale économique. Compte tenu de son leadership croissant en tant que capitale financière africaine, – grâce, entre autres, à des mécanismes tels que Casablanca Finance City – , Othmane Alami propose ainsi de penser la ville blanche comme un hub continental de la création numérique, où art, innovation, tourisme et culture se rencontrent pour générer de la valeur et renforcer l’attractivité du continent.

Souveraineté culturelle, droits d’auteur et monétisation de l’art africain

Au-delà de l’innovation technologique, le discours a mis l’accent sur un autre enjeu fondamental : celui de la souveraineté culturelle africaine. Il ne s’agit plus seulement de créer, mais de protéger, structurer et valoriser la création africaine sur ses propres plateformes. Car, comme le relève Othmane Cherif Alami, investir dans la création numérique, c’est aussi protéger la culture africaine, sécuriser les droits d’auteur et permettre aux artistes africains de vivre de leur talent, ici, sur le continent.
Afric’Artech s’inscrit ainsi dans une logique de rupture avec des modèles fondés uniquement sur la subvention ou le mécénat, en appelant à la construction de modèles économiques durables, capables de monétiser l’art africain, de capter la valeur localement et de redonner aux créateurs africains les moyens de bâtir des carrières viables et indépendantes.

Création artistique et diaspora : une équation encore déséquilibrée

Et cette souveraineté culturelle concerne aussi les diasporas. Comme dans d’autres secteurs clés – la santé en tête – le domaine artistique africain souffre d’une fuite massive de talents. De nombreux créateurs, designers, artistes numériques ou techniciens culturels sont contraints de s’exiler pour vivre de leur art, rejoindre des écosystèmes plus structurés, accéder à des marchés solvables.

Afric’Artech pose alors une question centrale, encore trop peu débattue : et si le moment était venu de reconnecter (aussi) les talents de la diaspora africaine à Mother Africa, non pas par injonction symbolique, mais à travers ces modèles économiques viables?

Sortir de la logique de dépendance

L’un des dialogues les plus intéressants de l’événement a d’aileurs porté sur la nécessité de dépasser les modèles traditionnels de subvention et de mécénat, qui maintiennent trop souvent les créateurs africains dans une forme de précarité ou de dépendance financière. L’intelligence artificielle et les technologies émergentes pourraient y être envisagées non comme une menace, mais comme des leviers de souveraineté culturelle et économique.

Un signal plus qu’un aboutissement

Pour cette édition inaugurale, Afric’Artech ne prétend pas résoudre à lui seul les déséquilibres structurels du secteur. Mais il envoie un signal clair : l’Afrique ne peut plus se contenter d’être consommatrice de technologies culturelles conçues ailleurs. Elle doit devenir productrice, propriétaire et bénéficiaire de sa création numérique.

Dans un monde où l’économie de la culture se joue désormais sur les plateformes, les données et les algorithmes, ce pari – risqué, certes – apparaît surtout comme nécessaire. Pour l’art africain. Pour ses créateurs. Et pour une diaspora qui ne demande souvent qu’une chose : des raisons concrètes de revenir construire.

Afric’Artech – 1ʳᵉ édition
29 & 30 janvier 2026
Espace Sacré-Cœur, Casablanca (Maroc).

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